Le citadin, Martin Heidegger

Heidegger province ville

Extrait : Le citadin est tout au plus «stimulé» par ce qu’il est convenu d’appeler un séjour à la campagne. Mais c’est tout mon travail qui est porté et guidé par le monde de ces montagnes et de leurs paysans. Maintenant, mon travail là-haut est de temps à autre interrompu pour d’assez longues périodes par des pourparlers, des déplacements pour des conférences, des discussions, et mon enseignement ici, en bas. Mais aussitôt que je remonte là-haut, dès les premières heures de présence dans le chalet, tout l’univers des questions anciennes m’envahit et cela sous la forme même où je les avais laissées. Je me trouve tout simplement transporté dans le rythme propre du travail et ne suis au fond absolument pas maître de sa loi cachée. Les citadins s’étonnent souvent de mon long et monotone isolement dans les montagnes parmi les paysans. Pourtant ce n’est pas un isolement, mais bien la solitude. Dans les grandes villes, l’homme peut en effet facilement être plus isolé que nulle part ailleurs. Mais il ne peut jamais y être seul. Car la solitude a le pouvoir absolument original de ne pas nous isoler, mais au contraire de jeter l’existence tout entière dans l’ample proximité de l’essence de toutes choses.

Martin Heidegger, Pourquoi restons-nous en province?

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