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Léon Bloy Livr'arbitres 23 Krisis Diffusion




C'est ce que nous invite à faire à l'occasion du centième anniversaire de sa mort la revue Livr’arbitres qui consacre son numéro 23 à ce polémiste.

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Lettres de jeunesse, 1870-1893

À Georges Landry
Léon Bloy Livr'arbitres 23 Krisis Diffusion
Il y a une loi d'équilibre divin, appelée la communion des Saints, en vertu de laquelle le mérite ou le démérite d'une âme, d'une seule âme est réversible sur le monde entier. Cette loi fait de nous absolument des dieux et donne à la vie humaine des proportions du grandiose le plus ineffable. Le plus vil des goujats porte dans le creux de sa main des millions de cœurs et tient sous son pied des millions de têtes de serpents. Cela il le saura au dernier jour. Un homme qui ne prie pas fait un mal inexprimable en tout langue humaine ou angélique. Le silence des lèvres est bien autrement épouvantable que le silence des astres.

  • Lettre du 16 octobre 1878 (?).
Lettres de jeunesse (1870-1893), Léon Bloy, éd. Édouard-Joseph, 1920, p. 98

Le Mendiant ingrat, 1898


Léon Bloy Livr'arbitres 23 Krisis DiffusionIl n’est rien au monde que je vomisse autant que le pessimisme, qui représente à la fois, pour l’horreur de ma pensée, toutes les impuissances imaginables (…). Je n’estime que le courage sans mesure et je n’accepterai jamais d’être vaincu, - moi ! ( p. 21)
Surtout, je ne veux pas être le pamphlétaire à perpétuité. (p. 30)
M’en a-t-on assez servi du « grand pamphlétaire » ! Quand messieurs les journalistes sont forcés de me nommer, de rompre, une minute, le silence concerté qu’ils croient si mortel, ils n’ont à dire que cela et ils le disent le plus fort qu’ils peuvent. (…) Ah ! je suis autre chose, pourtant, et on le sait bien. Mais quand je le fus, c’était par indignation et par amour, et mes cris, je les poussais, dans mon désespoir, sur mon Idéal saccagé ! (p. 64)
[Sur le Protestantisme] Pour discuter, il faut descendre dans un marécage. Les paroles dépensées en vain reviennent, aussitôt, comme un jusant de boue fétide, sur le cœur de l’homme qui les à proférées. (p. 75)
J’ai l’air de parler à la foule pour l’amuser. En réalité, je parle à quelques âmes d’exception qui discernent ma pensée et l’aperçoivent sous le voile. (p. 78)
Je suis pour l’intolérance parfaite et j’estime que qui n’est pas avec moi est contre moi. (p. 118)
Autant que je puis voir, toute la fonction de ces magistrats est résumée dans le mot si bête et si lâche de conciliation. (…) le juge mécanique (…) s’applique invariablement à établir une balance, une sorte de mitoyenneté entre la demande injuste et le refus indigné. (p. 134)
Fortifiez-vous à la pensée que j’ai l’ambition de vous déplaire et laissez-moi l’espérance d’y parvenir. (p. 138)
Pourquoi, à de certaines heures, sommes-nous assaillis d’une tristesse noire et mauvaise, toute semblable à celle que déterminerait en nous le remords de quelque crime ? (p. 166)

Mon journal, 1904

On veut à toute force que je sois un très grand et très haut artiste, dont la principale affaire est d'agiter l'âme de ses contemporains, alors que je suis bonnement un pauvre homme qui cherche son Dieu, en l'appelant avec des sanglots par tous les chemins. J'ai écrit cela de bien des façons et personne n'a voulu me croire... (p. 124)
Lorsque les hommes se réunissent, ils ne font ordinairement rien de noble. (p. 201)
Avantage de la laideur sur la beauté. La beauté finit et la laideur ne finit pas. (p. 213)
Une preuve bien certaine de l'infirmité de notre mémoire, c'est notre ignorance de l'avenir. (p. 218)
Les riches environnent Paris comme une circonvallation de fumier autour d'une porcherie monstrueuse. (p. 227)
Je ne suis et ne veux être ni dreyfusard, ni antidreyfusard, ni antisémite. Je suis anticochon, simplement, et, à ce titre, l'ennemi, le vomisseur de tout le monde, à peu près. (...) Avec moi on est sûr de ne prendre parti pour personne, sinon pour moi contre tout le monde et d'écoper immédiatement de tous les côtés à la fois. (p. 288)
Il est intolérable à la raison qu'un homme naisse gorgé de biens et qu'un autre naisse au fond d'un trou à fumier. (p. 310)

Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne, 1905

Léon Bloy Livr'arbitres 23 Krisis DiffusionQu'est-ce que le suffrage universel ? C'est l'élection du père par les enfants. (p. 19)
Les damnés n'ont d'autre rafraîchissement, dans le gouffre de leurs tortures, que la vision des épouvantables faces des démons. Les amis de Jésus voient autour d'eux les chrétiens modernes et c'est ainsi qu'ils peuvent concevoir l'enfer. (p. 161)
Le vers libre est, à mes yeux, l'une des pires aberrations modernes, l'une de celles qui proclament avec des éclats de fanfare, l'affaiblissement de la Raison. Remplacer le mystère tout à fait surnaturel du Rythme et du Nombre par des alinéas et des signes de ponctuation, ce n'est pas seulement de la sottise, c'est de la perversité. (p. 19)
À propos des automobiles et des trains électriques, (...) les inventions modernes tendent de plus en plus à donner aux hommes les moyens de fuir(p. 396)
Un des inconvénients les moins observés du suffrage universel, c'est de contraindre des citoyens en putréfaction à sortir de leurs sépulcres pour élire ou pour être élus. Le Président de la République est probablement une charogne. (p. 468)
A force d'avilissement, les journalistes sont devenus si étrangers à tout sentiment d'honneur qu'il est absolument impossible, désormais, de leur faire comprendre qu'on les vomit et qu'après les avoir vomis, on les réavale avec fureur pour les déféquer. La corporation est logée à cet étage d'ignominie où la conscience ne discerne plus ce que c'est que d'être un salaud. (p. 472)

L'Invendable, 1909

J'ai fait mes plus beaux voyages sur des routes mal éclairées. (p. 583)
La Misère est le manque du nécessaire, la Pauvreté est le manque du superflu(p. 592)
Je pense qu'il n'y a jamais eu d'époque aussi dénuée d'intérêt. Uniformité désespérante de la platitude et de l'ordure, attestée par les sécrétions du journalisme. (p. 640)
Le retour sur le passé ne donne que de la poussière. On est étonné de voir le peu d'importance, la vanité parfaite de tout ce qui avait agité le cœur. (p. 649)

Je m’accuse…, 1900

Qu’est-ce, en effet, que le Protestantisme, sinon le déchet du Christianisme, la négation de l’Essence et de la Substance révélées ? Quand un homme dit : « Je suis protestant », c’est comme s’il disait : « Je n’existe pas ». (p. 75)

Éxégèse des Lieux Communs, 1902

Léon Bloy Livr'arbitres 23 Krisis DiffusionLe vrai Bourgeois [...] l'authentique et indiscutable bourgeois est nécessairement borné dans son langage à un très petit nombre de formules; (p. 9-10)
Plus on est semblable à tout le monde plus on est comme il faut. C'est le sacre de la multitude. (p. 50)
Je l’ai déjà dit et je serai bien forcé de le dire encore : préférer ce qui est noble à ce qui est ignoble et ce qui est beau à ce qui est hideux ; chercher à comprendre, tenter la conquête de n’importe quoi, en sautant par-dessus bornes et clôtures ; vouloir vivre enfin ; voilà ce qui tombe sous l’anathème (p. 60)
Par nature, le Bourgeois est haïsseur et destructeur de paradis. Quand il aperçoit un beau Domaine, son rêve est de couper les grands arbres, de tarir les sources, de tracer des rues, d'instaurer des boutiques et des urinoirs. Il appelle ça monter une affaire. (p. 141)
L'universelle supériorité de l'homme qui n'est pas plus bête qu'un autre est ce que je connais de plus écrasant. (p. 184)
Les moralistes ont toujours remarqué depuis longtemps qu'on a toujours assez de force pour supporter les peines d'autrui. (p. 212)
Il faudrait n'avoir aucune expérience de la vie pour ignorer que plus on est riche, plus les charges sont pesantes parce qu'on a moins de prétextes pour s'en plaindre, et il faudrait être sourd et bien insensible pour ne pas entendre, à cet égard, les gémissements des riches et n'en avoir pas le cœur déchiré. (p. 256/257)
On devrait fonder une chaire pour l'enseignement de la lecture entre les lignes. (p. 298)


Léon Bloy Livr'arbitres 23 Krisis Diffusion
Source : Institut Kairos


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